Les liens sociaux

Groupes et liens sociaux

Les humains étant des êtres sociaux, il est naturel que des liens les unissent. Cet élément de cohésion est pourtant un sujet d’étude relativement récent, si l’on excepte les réflexions des philosophes grecs et des Lumières. En effet, c’est un thème central de la sociologie, science née au dix-neuvième siècle.

D’ailleurs nous vous recommandons de laisser provisoirement de côté vos liens sociaux pour vous concentrer sur le texte de cette page puis de les réactiver pour leur conseiller sa lecture... Merci à vous.

Pour appréhender la notion de lien social, il est nécessaire de préciser celle de groupe.

 

Groupes sociaux

Un groupe social est un ensemble d’individus qui possèdent une caractéristique commune suffisamment signifiante pour qu’ils aient conscience d’appartenir à une communauté.

danse

Si cet ensemble est restreint au point où chaque membre connaît personnellement tous les autres, on parle de groupe primaire : famille, voisinage, collègues d’un même service… Un groupe de grande dimension est dit « secondaire » : association, syndicat, ensemble d’une profession…

Certains groupes s’inscrivent dans une hiérarchie. Celle-ci n’est jamais totalement objective. Sous l’Ancien Régime, la noblesse d’épée s’estimait supérieure à la noblesse de robe, elle-même au-dessus du tiers état. Mais si un comte se situait théoriquement au-dessus d’un baron, ce dernier pouvait se juger supérieur s’il descendait d’une lignée remontant à plusieurs siècles… La fortune n’avait rien à voir avec cette hiérarchie puisque les plus mal considérés étaient à l’époque les commerçants et ceux-ci n’étaient certainement pas les plus pauvres !

La notion de classe sociale a émergé à la fin du dix-huitième siècle pour désigner de grands groupes secondaires qui structurent la société de façon plus ou moins hiérarchisée. Contrairement aux castes et aux ordres de l’ancien régime, elles n’ont pas d’existence juridique et leurs contours sont assez flous. Les classes sociales sont très liées au revenu des individus qui les composent.

Karl Marx a simplifié à l’extrême cette différenciation en distinguant deux classes sociales : celle qui détient l’outil de production et celle qui ne possède que sa force de travail.

Dans la France d’aujourd’hui, sociologues et démographes utilisent la nomenclature des PCS (professions et catégories socioprofessionnelles) pour estimer l’appartenance à une classe sociale. Toutefois, celle-ci peut être fluctuante car les trajectoires d’une PCS à l’autre ne sont pas rares.

Un groupe social peut se définir par sa position dans la société mais aussi, parfois, par une finalité d’action. Un ensemble de personnes dont les objectifs sont communs est appelé groupe d’intérêt. Lorsqu’une communauté économique ou sociale cherche à influencer le pouvoir politique, on parle de groupe de pression (ou lobby).

Distinguons enfin le groupe d’appartenance et celui de référence. Ce dernier est celui auquel l’individu désire ou s’imagine appartenir (voir les groupes restreints).

 

Liens sociaux

À la diversité des groupes répond celle des liens qui les cimentent : familiaux, économiques, culturels, amicaux…

Un lien social est le socle plus ou moins durable de relations entre individus d’un même groupe. Les liens choisis (amis, membres d’un même club, etc.) sont dits de participation élective tandis que ceux qui relient un individu à la société (par le travail, le bénévolat…) sont de participation organique.

L’imbrication de ces différents liens se traduit par une indispensable cohésion sociale.

cohésion sociale

Les liens sont généralement plus forts et plus durables dans un groupe primaire que dans un groupe secondaire. Ceci ne signifie pas qu’un lien occasionnel ne puisse être vécu intensément par les membres d’un groupe éphémère (ambiances de supporters, du public d’un concert, de manifestants…).

 

Intégration sociale

L’intégration sociale regroupe deux réalités : le niveau de cohésion de la société (que nous évoquerons plus loin) et l’intégration d’un individu à un groupe, voire à la société tout entière.

Un individu cherche plus ou moins à s’intégrer. Souvent, son apparence suffit pour le rattacher à un groupe, d’appartenance ou de référence. La conformité à un code vestimentaires est souvent un bon moyen de se conformer à un groupe social et d’être perçu comme en faisant partie. Au-delà de l’aspect extérieur, certaines références culturelles, par exemple musicales, caractérisent une intégration à un groupe. Les publicitaires savent très bien les exploiter (voir la page sur les sous-cultures).

Une faible intégration se traduit par des comportements déviants et imprévisibles. C’est pourquoi le pouvoir politique s’attache à unir le peuple autour de référents communs (grâce à l’école) et à canaliser les comportements (grâce à la loi). Mais d’autres vecteurs existent, moins évidents.

Prenons l’exemple du rapport à la monnaie, qui a un fort pouvoir d’intégration (comme l’a montré l’économiste Michel Aglietta). Le droit de battre monnaie est un attribut de souveraineté que les pays de la zone euro ont abandonné pour des raisons économiques mais aussi pour renforcer le sentiment d’appartenance à l’Europe.

Émile Durkheim, l’un des premiers sociologues, a magistralement étudié le phénomène de l’intégration, fondée sur une conscience collective, c’est-à-dire un ensemble de valeurs communes supérieures aux consciences individuelles. Il distingue la solidarité mécanique des sociétés primitives, où l’intégration est fondée sur la ressemblance, de la solidarité organique où l’intégration naît de l’interdépendance, due notamment à la division du travail.

 

Aujourd’hui

Dans les sociétés occidentales d’aujourd’hui, certains liens sociaux se distendent et prennent de nouvelles formes (voir la page sur l'affaiblissement des liens sociaux). Par exemple les amitiés virtuelles sur les réseaux sociaux ont leurs caractéristiques propres (voir le petit monde de Milgram).

Paradoxalement, plus les liens sociaux s’affaiblissent au niveau national, plus le pouvoir politique réalise l’importance de leur rôle dans la cohésion de la société. En effet, la nature a horreur du vide et si des liens se distendent, d’autres les remplacent. Ceux qui se renforcent sont souvent communautaires et contribuent à un morcellement de la société.

 

intégration