La demande de travail

Déterminants de la demande de travail

De combien de salariés l’employeur a-t-il besoin pour produire et vendre ses biens ou services ? C’est ce que les économistes appellent la demande de travail : la quantité de travail que les entreprises souhaitent utiliser pour produire. Comprendre cette demande consiste à analyser ce qui pousse une entreprise à recruter davantage… ou au contraire à réduire ses effectifs.

 

Demande pour les produits

Le premier déterminant de la demande de travail n’est autre que la demande des biens et services produits.

Ce constat, avouons-le un peu évident, est fondamental : les entreprises n’embauchent que si elles ont quelque chose à produire et à vendre. Autrement dit, la demande de travail est une demande dérivée puisqu’elle découle de celle des consommateurs (ou de celle d’autres entreprises).

Imaginons une entreprise qui fabrique des vélos. Si l’usage du vélo se développe dans les villes, par exemple à cause de politiques de mobilité durable ou de l’augmentation du prix des carburants, la demande augmente. L’entreprise doit alors produire davantage et peut décider d’embaucher de nouveaux salariés : ouvriers, techniciens, commerciaux, logisticiens, etc.

Inversement, si les entreprises ralentissent leur production, elles peuvent réduire leurs recrutements ou supprimer certains postes.

Ce mécanisme explique pourquoi l’emploi évolue souvent en fonction de la situation économique globale.

 

Productivité du travail

La productivité du travail correspond à la quantité de production réalisée par un travailleur sur une période donnée.

Les gains de productivité peuvent provenir de nombreux facteurs :

D’un côté, lorsque la productivité augmente, on produit la même quantité avec moins de main-d’œuvre. Par exemple, l’introduction de nouvelles machines dans une usine peut permettre d’automatiser des tâches auparavant manuelles. Et si une machine remplace plusieurs travailleurs, la demande de travail diminue.

Mais d’un autre côté, les gains de productivité peuvent favoriser la croissance de la production. Si une entreprise devient plus efficace, elle réduit ses coûts, propose des prix plus compétitifs ou vend davantage. Dans ce cas, la production augmente et l’entreprise peut finalement embaucher davantage. Autrement dit, les gains de productivité peuvent réduire l’emploi dans certains secteurs, tout en contribuant à la création d’emplois dans d’autres.

L’histoire économique illustre ce phénomène. L’agriculture, par exemple, a connu d’énormes gains de productivité grâce à la mécanisation, ce qui a entraîné une forte baisse du nombre d’agriculteurs. Mais dans le même temps, de nombreux emplois ont été créés dans l’industrie (agrochimie, matériel agricole...).

La productivité transforme donc la structure de l’emploi plus qu’elle ne détermine son niveau.

 

Substituabilité entre travail et capital

En économie, le capital désigne l’ensemble des équipements servant à produire : machines, robots, ordinateurs, logiciels, infrastructures, etc.

Dans certaines situations, il est possible de remplacer du travail humain par du capital. On parle alors de substituabilité entre travail et capital.

Un exemple très courant est l’automatisation. Ainsi, dans les supermarchés, les caisses automatiques permettent de réduire le nombre de caissiers nécessaires. Dans les entrepôts logistiques, des robots peuvent déplacer les marchandises. Dans l’industrie, des machines effectuent les tâches répétitives. Ainsi la demande de travail diminue.

Cependant, la relation entre capital et travail n’est pas toujours une simple substitution. Souvent, les machines complètent le travail humain sans le remplacer. Prenons quelques exemples :

  • Les logiciels de conception assistée par ordinateur permettent aux ingénieurs de concevoir des produits plus complexes.

  • Les technologies numériques facilitent le travail des médecins ou des chercheurs.

  • Les machines assistent les ouvriers dans des tâches pénibles ou dangereuses.

Dans ces situations, l’investissement en capital peut au contraire augmenter la productivité et la demande de travail qualifié.

La transformation numérique actuelle illustre bien ce double mouvement. Certaines tâches disparaissent, mais de nouveaux métiers apparaissent dans les domaines de l’informatique, de la maintenance, de la gestion des données ou de la cybersécurité.

 

Coût du travail

Pour une entreprise, employer un salarié ne signifie pas seulement verser un salaire. Le coût total du travail comprend plusieurs autres éléments (voir la composition d'une rémunération).

Évidemment, plus le coût du travail est élevé, plus la dépense est importante pour l’entreprise. Ainsi, une hausse de ce coût peut l'inciter à réduire ses embauches, automatiser certaines tâches ou délocaliser certaines activités vers des régions où le travail est moins coûteux.

Cependant, l’impact du coût du travail sur l’emploi est débattu. Certains économistes considèrent que la réduction du coût du travail favorise la création d’emplois, notamment peu qualifiés tandis que d’autres soulignent que l’emploi dépend avant tout du niveau de la demande pour les produits.

 

Niveau de qualification

Un autre facteur important de la demande de travail concerne les compétences disponibles sur le marché. Si elles sont rares, il peut être difficile de recruter.

Par exemple, dans certains secteurs technologiques, les entreprises ont du mal à recruter des ingénieurs en IA, ce qui peut limiter leur croissance. À l’inverse, là où la main-d’œuvre est abondante, les entreprises recrutent plus facilement (voir le chômage structurel).

 

Organisation de la production

La manière dont une entreprise organise sa production influence également sa demande de travail.

Par exemple, la généralisation du commerce en ligne a profondément transformé l’organisation du commerce. Certains emplois dans les magasins ont diminué, tandis que d’autres se sont développés dans la logistique, la livraison ou la gestion des plateformes numériques.

 

Environnement économique et institutionnel

Enfin, la demande de travail est influencée par l’environnement économique et institutionnel dans lequel évoluent les entreprises.

Les politiques économiques peuvent encourager la création d’emplois (subventions, niches fiscales, aides à l’embauche, investissements publics…).

Le droit du travail vise à protéger les salariés et à encadrer la relation de travail. S’il est trop contraignant, il risque d’agir en sens inverse et de freiner l’embauche.

Les conventions collectives et les négociations salariales peuvent impacter le coût du travail et agir, elles aussi, sur la demande de travail.

 

Anticipations

Terminons sur un point essentiel. Les décisions d’embauche reposent certes sur la situation actuelle mais surtout sur des anticipations. Si les dirigeants pensent que la demande pour leurs produits augmentera dans les mois ou les années à venir, ils peuvent décider d’embaucher dès maintenant pour préparer cette expansion. À l’inverse, si les perspectives semblent incertaines, ils hésitent à recruter et privilégient des formes d’emploi plus flexibles.

Les décisions d’embauche sont donc influencées par la confiance des employeurs dans l’avenir économique.