Une comparaison ROI - VAN - TRI

Mesures de rentabilité d'investissement

En entreprise on ne choisit pas un projet sur la base d’un seul indicateur. Pourtant, on peut entendre « le ROI est excellent », « la VAN est positive » ou encore « le TRI dépasse le coût du capital ». Ces phrases peuvent être toutes vraies en même temps… ou se contredire totalement. Pourquoi ? Parce que ROI, VAN et TRI ne mesurent pas la rentabilité d'un investissement selon les mêmes critères.

Il est temps de faire la lumière sur la signification de ces indicateurs les uns par rapport aux autres.

 

Trois mesures

Pour résumer, le ROI mesure une rentabilité relative, la VAN mesure une création de valeur absolue et le TRI mesure un rendement annualisé.

Le ROI compare un gain à un investissement initial. Il répond à la question « combien me rapporte ce que j’ai investi ? » C’est une logique comptable et proportionnelle.

Formule générale :

\(\displaystyle{\rm{ROI} = \frac{\rm{Gains\; nets}}{\rm{Investissement}}}\)

Le ROI est exprimé en pourcentage.

C’est un bon indicateur de premier niveau. Il est facile à comprendre, utile pour comparer des projets de taille similaire, très apprécié en marketing et en gestion opérationnelle.

En revanche, il ne tient pas compte du temps, ignore le coût du capital, peut favoriser des projets courts mais peu stratégiques et dépend fortement des hypothèses retenues.

La VAN répond à une autre question, beaucoup plus financière : ce projet crée-t-il de la valeur une fois le coût du capital pris en compte ?

On raisonne ici en euros actualisés, pas en pourcentage. Et un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro demain, pour des raisons d’inflation, de risque et d’opportunité alternative.

La VAN intègre donc un taux d’actualisation, souvent le coût moyen pondéré du capital.

Formule :

VAN \(=\) \(\sum\limits_{t=1}^n {\frac{F_t}{(1+r)^t}} - I_0\)

Avec :

  • \(F_t\) : flux de trésorerie à la date \(t\)
  • r : taux d’actualisation
  • \(I_0\) : investissement initial

Si la VAN est positive, il y a création de valeur et si elle est négative il y a destruction.

Ses avantages sont la prise en compte du temps, l’intégration du risque via le taux et la mesure de la richesse créée.

Ses limites sont qu’elle dépend beaucoup du taux choisi, qu’elle n’est pas très parlante pour les non-financiers et qu’elle est peu adaptée à la comparaison de projets de tailles très différentes.

Le TRI est le taux de rendement annuel implicite du projet. C’est le taux qui annule la VAN.

S’il est supérieur au coût du capital, on accepte le projet.

Exprimé en pourcentage, il se comprend assez facilement. On peut le comparer au coût du capital. Il est très utilisé en finance et en private equity.

Malheureusement, il rencontre lui aussi quelques limites :

Il peut donner plusieurs valeurs, particulièrement en cas de forte dépense en fin de période, par exemple des coûts de dépollution ou de démantèlement (voir l’exemple 2 de la page sur le TRI).

Il suppose un réinvestissement au TRI (les flux générés avant la fin du projet sont supposés être réinvestis à ce taux jusqu’à l’échéance finale). Cette hypothèse est très discutable.

Il peut conduire à de mauvais choix quand on compare des projets exclusifs. Comme il est exprimé en pourcentage, il pourrait privilégier un petit investissement très rentable à un gros investissement qui apporterait des flux plus importants… et on n’y verrait que du feu. C’est pourquoi il faut toujours accompagner le TRI de la VAN. De plus, le TRI est sensible à la répartition des flux dans le temps et donc, il peut conduire à des choix différents selon le taux d’actualisation choisi.

 

Exemple comparatif

Soit deux projets exclusifs. Le coût du capital est de \(10\%.\)

Projet A

  • Investissement : 1 000 €
  • Gain total après 1 an : 1 300 €

Projet B

  • Investissement : 10 000 €
  • Gain total après 1 an : 12 000 €

A ou B

Calcul du ROI

  • ROI A = \(\frac{1\,300 - 1\,000}{1\,000 = 30\%\)
  • ROI B = \(\frac{12\,000 - 10\,000}{10\,000 = 20\%\)

Le ROI préfère le projet A.

Calcul de la VAN

  • VAN A = \(\frac{1\,300}{1,1} - 1\,000 \approx 182 \; €\)
  • VAN B = \(\frac{12\,000}{1,1} - 10\,000 \approx 909 \; €\)

La VAN préfère le projet B.

Calcul du TRI

  • TRI A \(\approx 30\,%\)
  • TRI B \(\approx 20\,%\)

Le TRI préfère aussi le projet A.

Conclusion du cas

  • ROI et TRI privilégient la rentabilité relative.
  • La VAN privilégie la création de valeur absolue.

Décision financière rationnelle : projet B, malgré un rendement plus faible.

 

Synthèse

  • Les manageurs opérationnels préfèrent le ROI.
  • Les directions financières s’appuient surtout sur la VAN.
  • Les investisseurs regardent le TRI et la VAN.
  • Le marketing privilégie le ROI.

L’idéal n’est pas de choisir un indicateur, mais de comprendre ce que chacun raconte.

Pour conclure, le ROI, la VAN et le TRI sont trois lunettes différentes pour regarder un même projet.

  • Le ROI est rapide et parlant, mais myope sur le long terme.
  • La VAN est rigoureuse et théoriquement dominante, mais un peu difficile à interpréter par les non-financiers.
  • Le TRI est séduisant, mais parfois trompeur.

Un bon raisonnement économique consiste donc à :

  1. regarder le ROI,
  2. analyser la VAN,
  3. vérifier la cohérence avec le TRI,
  4. puis replacer tout ça dans une logique stratégique.

 

ROI, VAN, TRI