La lutte contre le chômage structurel

Chômage structurel : politiques de lutte

Le chômage est l’un des principaux défis économiques et sociaux depuis la fin des Trente glorieuses. En France comme dans de nombreux pays développés, certaines périodes de ralentissement économique provoquent une hausse du chômage. Cependant, même lorsque la croissance revient, une partie des personnes sans emploi peine à retrouver un travail. Cette situation s’explique par l’existence d’un chômage structurel, qui résulte des caractéristiques mêmes du fonctionnement du marché du travail.

Face à ce phénomène durable, les pouvoirs publics mettent en œuvre des politiques destinées à favoriser le retour à l’activité et à limiter les conséquences sociales de l’exclusion professionnelle.

 

Rappels sur le chômage structurel

Le chômage structurel correspond à la part du chômage qui persiste même lorsque l’économie se porte plutôt bien.

Contrairement au chômage conjoncturel, qui est lié à une baisse temporaire de l’activité économique, celui-ci résulte de déséquilibres plus profonds entre l’offre et la demande de travail. Il peut ainsi être provoqué par une inadéquation entre les compétences des travailleurs et les besoins des entreprises, par des mutations technologiques, par des changements dans les modes de production ou encore par des rigidités sur le marché du travail.

Par exemple, le développement de l’IA transforme de nombreux métiers. Certains emplois disparaissent ou se réduisent, tandis que de nouveaux métiers nécessitant des compétences spécifiques apparaissent.

humain et robot

Ainsi, ceux qui ne possèdent pas les qualifications recherchées peuvent rencontrer de grosses difficultés pour retrouver un emploi. De même, certaines régions peuvent être sinistrées alors que d’autres connaissent des pénuries de main-d’œuvre. Ces décalages contribuent à maintenir un chômage structurel.

 

Politiques de l’emploi

Pour lutter contre ce phénomène, les pouvoirs publics mettent en œuvre des politiques de l’emploi. Celles-ci regroupent l’ensemble des mesures destinées à favoriser l’accès à l’emploi, à améliorer le fonctionnement du marché du travail et à accompagner les personnes privées d’activité.

On distingue deux grandes catégories : les politiques actives de l’emploi et les politiques passives.

 

Politiques actives

Les politiques actives de l’emploi cherchent à agir directement sur les causes du chômage. Leur objectif est d’améliorer le fonctionnement du marché du travail afin de faciliter la rencontre entre les offres et les demandes de compétences. Elles visent notamment à accroître l’employabilité des travailleurs, c’est-à-dire leur capacité à trouver et conserver un emploi.

  • La formation professionnelle constitue l’un des principaux outils. En permettant aux travailleurs d’acquérir de nouvelles compétences ou de mettre à jour leurs connaissances, elle favorise leur adaptation aux évolutions économiques et technologiques. La formation tout au long de la vie devient un élément essentiel de la lutte contre le chômage structurel.

  • Les dispositifs d’apprentissage et d’alternance jouent aussi un rôle important. Ils permettent aux jeunes de combiner enseignement théorique et expérience professionnelle. Ainsi, les jeunes acquièrent des compétences directement utilisables par les entreprises, ce qui facilite leur insertion professionnelle.

  • Les services publics de l’emploi participent eux aussi à la mise en œuvre des politiques actives. Leur mission consiste notamment à accompagner les demandeurs d’emploi dans leurs recherches, à diffuser les offres disponibles et à favoriser la mise en relation avec les employeurs. Un suivi personnalisé peut aider les personnes au chômage, identifier leurs compétences, construire un projet professionnel cohérent et développer des stratégies de recherche plus efficaces.

  • Les aides à l’embauche représentent une autre catégorie de mesures actives. L’État peut accorder des subventions ou des exonérations de cotisations sociales aux entreprises qui recrutent certaines catégories de travailleurs, comme les jeunes, les chômeurs de longue durée ou les personnes peu qualifiées. En réduisant le coût du travail pour les employeurs, ces dispositifs cherchent à encourager les créations d’emplois et à faciliter l’insertion des publics les plus fragiles.

  • La réduction du coût du travail constitue d’ailleurs un autre axe important. Les cotisations sociales versées par les employeurs augmentent le coût total d’un salarié. Lorsque celui-ci est jugé trop élevé, certaines entreprises hésitent à recruter. Les pouvoirs publics peuvent alors mettre en place des allègements de charges sociales, notamment sur les bas salaires. L’objectif est souvent de favoriser le développement de l’emploi peu qualifié.

  • La mobilité professionnelle et géographique peut être encouragée. Certains restent au chômage parce qu’ils résident dans des zones où les offres d’emploi sont rares. Des aides au déménagement, au logement ou aux transports peuvent faciliter leur accès à des bassins d’emploi plus dynamiques. De même, l’accompagnement à la reconversion professionnelle permet à des travailleurs issus de secteurs en déclin de se diriger vers des activités d'avenir.

  • Les politiques actives visent aussi à stimuler directement la création d’emplois. Les pouvoirs publics soutiennent parfois le développement de certains secteurs jugés stratégiques, comme la transition écologique, le numérique ou les services à la personne. Ces investissements peuvent générer de nouvelles opportunités professionnelles et contribuer à absorber une partie du chômage structurel.

Toutefois, les politiques actives présentent des limites. Les formations proposées ne correspondent pas toujours aux besoins réels des entreprises. De plus, leur efficacité dépend fortement de la motivation des bénéficiaires et de la qualité de l’accompagnement proposé. Par ailleurs, certaines aides à l’embauche peuvent produire des effets d’aubaine : une entreprise peut bénéficier d’une aide pour un recrutement qu’elle aurait réalisé de toute façon. Enfin, ces politiques représentent souvent un coût important pour les finances publiques.

 

Politiques passives

À côté des politiques actives, les pouvoirs publics mettent en œuvre des politiques passives de l’emploi. Celles-ci ne cherchent pas directement à réduire le chômage mais à limiter ses conséquences économiques et sociales pour les personnes concernées.

  • L’indemnisation du chômage constitue l’un des principaux instruments des politiques passives. Les allocations chômage (ou ARE : Aides au Retour à l’Emploi) permettent aux personnes privées d’emploi de conserver un revenu pendant leur période de recherche, sous certaines limites et conditions. Cette protection joue un rôle essentiel car elle limite les risques de pauvreté et d’exclusion sociale liés à la perte d’un emploi. En outre, elle permet aux demandeurs d’emploi de disposer du temps nécessaire pour trouver un poste correspondant à leurs compétences.

  • Les aides sociales représentent un autre aspect important des politiques passives. Certaines personnes restent durablement éloignées du marché du travail en raison de difficultés multiples : faible qualification, problèmes de santé, isolement social ou absence d’expérience professionnelle. Les dispositifs de soutien financier et d’accompagnement social visent alors à garantir un niveau de vie minimal et à prévenir les situations de grande précarité.

  • Les pouvoirs publics peuvent aussi chercher à réduire la population active pour diminuer mécaniquement le nombre de demandeurs d’emploi. Historiquement, l’avancement de l’âge de la retraite a longtemps été utilisé dans plusieurs pays comme un instrument de politique de l’emploi. Mais ce type de mesure n’est plus d’actualité ! Reste l'allongement de la durée des études...

Les politiques passives remplissent une fonction sociale en protégeant les individus contre les conséquences du chômage. La perte d’emploi peut en effet entraîner une baisse importante du niveau de vie, mais aussi des difficultés psychologiques, une perte de confiance en soi ou un risque accru d’exclusion sociale. En assurant un revenu de remplacement et un accompagnement adapté, les politiques passives contribuent à maintenir la cohésion sociale.

Cependant, ces politiques ont leurs limites. Une indemnisation trop généreuse peut réduire l’incitation à reprendre rapidement un emploi. Par ailleurs, de nombreux chômeurs souhaitant retrouver une activité sont confrontés à un manque d’offre adaptées ou aux préjugés des employeurs (notamment contre les seniors). Le débat porte donc sur le juste équilibre entre protection sociale et incitation au retour à l’emploi.

 

Autres difficultés

Dans la pratique, les politiques actives et passives sont complémentaires. Un demandeur d’emploi peut ainsi percevoir une allocation chômage tout en bénéficiant d’une formation professionnelle ou d’un accompagnement personnalisé.

L’efficacité de la lutte contre le chômage structurel dépend aussi du contexte économique. Même les meilleures politiques d’accompagnement produisent des résultats limités si les entreprises ne créent pas suffisamment d’emplois. La croissance économique, l’innovation, l’investissement des entreprises et la compétitivité de l’économie jouent donc un rôle majeur dans la réduction durable du chômage.

Par ailleurs, les transformations actuelles du monde du travail compliquent la lutte contre le chômage structurel. La mondialisation, la transition écologique, l’automatisation et le développement de l’IA modifient les besoins en compétences. Les politiques de l’emploi doivent donc évoluer afin de préparer les travailleurs aux métiers de demain et de réduire les risques d’exclusion professionnelle.

 

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