La balance des biens et services

Mesures du commerce extérieur

Quand on évoque le commerce extérieur d’un pays, on pense aux avions, aux voitures, au blé ou aux smartphones qui traversent les frontières. Bref, à des biens.

Mais les échanges internationaux ne se limitent pas aux marchandises. Les services comptent eux aussi : des touristes luxembourgeois qui passent leurs vacances au Kenya, une entreprise tchèque qui conseille un client brésilien ou une compagnie aérienne qui transporte des passagers venus d’ailleurs participent tous à ces échanges. Pour comprendre vraiment la place d’un pays dans le commerce mondial, il faut donc regarder l’ensemble : les biens, les services et l’équilibre (ou le déséquilibre !) qui en résulte.

La balance des biens et services prend en compte l’ensemble de ces échanges.

 

Définition

La balance des biens et services mesure la différence entre la valeur des biens et services exportés par un pays et celle des biens et services importés.

On peut donc écrire simplement :

Solde de la balance des biens et services = exportations de biens et services − importations de biens et services.

Si les exportations sont supérieures aux importations, le solde est excédentaire. Et vous l’avez deviné, si les importations sont supérieures aux exportations, le solde est déficitaire.

Il faut donc distinguer la balance commerciale, qui porte sur les seuls biens, de la balance des biens et services, qui ajoute les services.

Cette distinction est essentielle. Un pays peut avoir une balance commerciale déficitaire tout en ayant une balance des biens et services beaucoup moins déficitaire, voire excédentaire, si ses exportations de services sont importantes.

C’est notamment le cas de la France, dont les services constituent traditionnellement un point fort du commerce extérieur.

 

Balance des paiements

La balance des biens et services ne doit pas être confondue avec la balance des paiements, qui est beaucoup plus large.

Cette dernière est un document qui enregistre les transactions économiques entre les résidents d'un pays et les non-résidents. Elle est organisée en trois grandes parties : le compte des transactions courantes, le compte de capital et le compte financier.

  • Le compte des transactions courantes concerne les échanges économiques courants avec le reste du monde. Elle comprend quatre catégories : les biens, les services, les revenus primaires (liés au travail et au capital ; par exemple, un résident français qui reçoit des intérêts ou des dividendes provenant d'un investissement à l'étranger perçoit un revenu primaire en provenance du reste du monde) et les revenus secondaires, qui correspondent surtout aux transferts courants entre pays (envois d'argent effectués par des travailleurs à leurs familles à l'étranger, par exemple).

  • Le compte de capital, plus petit, concerne les transferts qui modifient le patrimoine d'un bénéficiaire (aides destinées à financer des investissements, remises de dettes…) et des opérations portant sur des actifs non produits et non financiers, par exemple des droits liés à la propriété intellectuelle.

  • Le compte financier concerne les mouvements liés aux actifs et aux passifs financiers entre le pays et le reste du monde. Exemple : une entreprise française achète une entreprise située aux États-Unis. Il s'agit d'un investissement direct français à l'étranger. On distingue les investissements directs (filiale…), les investissements de portefeuille (placements financiers), les produits financiers dérivés, les autres investissements et les avoirs de réserve (actifs détenus par la banque centrale dans le cadre de la gestion des réserves internationales).

La balance des biens et services constitue donc une partie de la balance des paiements.

Cette distinction permet de relativiser : un déficit commercial ou un déficit de la balance des biens et services ne signifie pas qu'un pays ne peut plus payer ses importations. Les échanges commerciaux ne représentent qu'une partie des relations économiques internationales.

De même, un pays peut avoir un déficit de ses échanges de biens et services mais recevoir parallèlement beaucoup de revenus provenant de l'étranger, par exemple grâce aux bénéfices réalisés par ses entreprises à l'étranger.

balance

 

À quoi sert la balance des biens et services ?

La première utilité de cet indicateur est de mesurer la performance extérieure d'une économie.

Un excédent signifie que le pays exporte davantage qu'il n'importe. Cela peut être dû à une forte compétitivité des entreprises, à une spécialisation dans des secteurs recherchés à l'étranger ou encore à une forte demande internationale pour les produits et services du pays.

L'Allemagne est un exemple d'économie exportatrice, notamment grâce à ses industries automobile, mécanique et chimique. À l'inverse, certains pays disposent de ressources naturelles recherchées : les pays exportateurs de pétrole peuvent ainsi enregistrer d'importants excédents, surtout lorsque les prix de l'énergie sont élevés.

Mais un déficit n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Un pays peut importer beaucoup parce que son économie est dynamique et que les entreprises investissent massivement dans des machines ou des équipements étrangers. Quant aux ménages, ils consomment davantage de biens, y compris importés, quand leur niveau de vie est élevé.

Il faut donc interpréter le solde plutôt que considérer qu'un excédent est « bon » et qu'un déficit est « mauvais ».

La balance permet aussi d'étudier la spécialisation. Si un pays exporte beaucoup d'avions, de produits pharmaceutiques ou de services informatiques, cela révèle certaines de ses compétences productives. À l'inverse, de fortes importations dans un secteur particulier peuvent signaler une dépendance vis-à-vis de l'étranger.

Enfin, la balance des biens et services permet d'étudier certains facteurs qui influencent les échanges : évolution des prix de l'énergie, taux de change, compétitivité des entreprises, croissance économique, demande étrangère ou encore évolution du tourisme.

 

Le cas de la France

L'histoire française illustre bien l'intérêt de cet indicateur.

Au cours des années 1990 et au début des années 2000, la France connaît plusieurs périodes d'excédent commercial. L'économie française bénéficie notamment de la compétitivité de secteurs comme l'aéronautique, l'automobile, l'agroalimentaire ou le luxe.

Depuis le milieu des années 2000, la situation est devenue plus difficile pour les échanges de biens. La France enregistre durablement un déficit commercial, même si l'excédent des services en compense une partie.

L'énergie joue un rôle particulièrement important. Lorsque la France importe beaucoup de pétrole et de gaz à des prix élevés, la facture énergétique augmente et dégrade le solde des biens. La période 2022-2023 en fournit une illustration. En 2022, le déficit français des échanges de biens a atteint environ 160 milliards d'euros, notamment sous l'effet de l'envolée des prix de l'énergie.

Mais il ne faut pas s'arrêter au seul commerce des biens. En 2025, selon les données de l'INSEE, le solde des échanges extérieurs de biens était encore négatif, tandis que les services dégageaient un excédent de 60,6 milliards d'euros.

Les services constituent donc une véritable force de l'économie française. Le tourisme y contribue, mais aussi les transports, les services aux entreprises et différents services financiers et intellectuels.

 

Prudence dans l’interprétation

La balance des biens et services est donc un indicateur important de l'ouverture internationale d'une économie. Elle permet de savoir si, globalement, un pays vend davantage au reste du monde qu'il n'en achète.

Mais pour bien l’interpréter, il faut creuser ce qui se trouve derrière le solde : un déficit peut provenir d'une forte dépendance énergétique, d'une perte de compétitivité industrielle ou d'une demande intérieure importante. Un excédent peut, de son côté, résulter d'une industrie très performante mais aussi d'une faiblesse de la demande intérieure.

Il est donc intéressant de décomposer ce solde : quels sont les produits exportés ? Quels sont les biens importés ? Les services sont-ils excédentaires ? Quelle est la facture énergétique ? Quelle est l'évolution des prix et des volumes ?

La balance des biens et services n'est ainsi pas un simple « bulletin de notes » d'une économie. C'est surtout un outil pour comprendre la place d'un pays dans les échanges internationaux et les forces et faiblesses de son économie face au reste du monde.

 

père Noël