Les risques sociaux

Sociologie du risque et gestion collective

Qu’est-ce qu’un risque ? C’est un danger qui peut arriver. Par exemple, le verglas est un danger et le risque est de déraper. Plus l’exposition au danger est forte, plus le risque est élevé.

En gestion, il est estimé à partir de lois de probabilité (gestion de stock avec demande aléatoire, seuil de rentabilité probabilisé…). Mais dans leur vie privée, les individus ne calculent rien et la notion de risque est très subjective. Un même comportement peut être considéré comme risqué par tel individu et pas par tel autre.

Nous verrons en quoi le risque est une construction sociale et comment le prévenir. Nous terminerons par un très rapide survol des organismes de protection sociale.

 

L’exposition au danger

Pourquoi le risque intéresse-t-il les sociologues ? Parce que sa perception diffère selon les régions du globe, les époques mais aussi d’un groupe social à l’autre. Prenons l’exemple du risque microbien. Les règles d’hygiène de certains pays d’Asie (Singapour, Japon…) sont beaucoup plus élevées que dans des pays européens pourtant situés au même niveau de richesse. La politique zéro-COVID de la Chine relève de cette même attitude de crainte extrême du risque sanitaire. Parallèlement, la méfiance vis-à-vis des OGM est très présente en Europe et rencontre moins d’écho dans le reste du monde.

Dans une société donnée, le niveau d’instruction fait prendre conscience de certains périls (dérèglement climatique, risques technologiques…) et permet d’en relativiser d’autres. D’où là aussi une composante sociale dans le rapport au risque.

De nombreuses publicités sont axées sur la sécurité (voitures fiables en toutes circonstances, alarmes, campagnes vaccinales...). Plus globalement, c’est l’ensemble des médias qui, statistiques à l’appui, nous expliquent les moyens d'être moins exposé aux dangers.

    Des chercheurs de l’université des sciences de Wuhan ont réalisé une méta-analyse regroupant les résultats de 19 études, sur plus d’un million d’adultes de 8 pays (…). Les résultats ont montré que chaque tasse de thé contribuerait à diminuer le risque de développer un diabète de type 2. Boire plus de 4 tasses de thé par jour réduirait ce risque de \(17\%.\) (Alternatif bien-être, novembre 2022)

Toutefois, l’appréhension du risque reste très subjective et sans rapport avec les seules statistiques. Des sondages ont montré qu’en France l’une des principales craintes était le terrorisme… qui n’affecte presque personne mais sur lequel le citoyen n’a aucune prise. Au contraire, les risques quasi certains comme celui des effets de la tabagie sont minimisés car assumés.

Les pouvoirs publics cherchent à éliminer ou à réduire ce qui présente un risque pour la collectivité. Cette volonté se traduit par des obligations et des interdictions (politique sanitaire, code de la route, règlementation contre les risques industriels...). Qu’elles soient contestables ou non, elles s’opposent aux libertés individuelles et peuvent se traduire par un ras-le-bol, voire des effets pervers (en France, mentionnons la limitation de vitesse à 80 km/h et les confinements pour cause de COVID).

L’exposition aussi varie aussi avec le genre. Globalement, les hommes adoptent plus de comportements à risque que les femmes, ce qui pourrait expliquer un écart d’espérance de vie qui leur est défavorable dans la plupart des pays.

La « conduite à risques » est une locution qui définit un comportement de mise en danger volontaire, possiblement mortel. Elle s’applique surtout aux adolescents occidentaux, bien que ce ne soit pas eux qui aient inventé la roulette russe ! Elle traduit soit un mal-être (désir sous-jacent d’en finir avec la vie) soit une volonté de s’affirmer dans un groupe. Parmi ces conduites, mentionnons les sports extrêmes, les prises de substances psychoactives, la conduite dangereuse… Illustration célèbre : La fureur de vivre de Nicholas Ray (film sorti en 1955).

 

Les effets externes

Même lorsqu’on prend un risque pour soi-même, il affecte toujours plus ou moins d’autres personnes. Seuls les décideurs politiques arbitrent en faisant courir des risques aux populations sans toujours y être exposés personnellement (exemple : risque de dépression de personnes confinées pour raison sanitaire).

Il n’est hélas pas rare que des imprudences au volant causent plusieurs morts. Mais au-delà de cet exemple emblématique, est-il honnête de prétendre assumer toutes les conséquences possibles d’une mise en danger ? Les sports extrêmes sont l’exemple typique de la prise de risque individuelle. Pour autant, s'ils provoquent un décès, les proches seront peinés, voire traumatisés. En cas d’accident grave, la vie d’un conjoint peut basculer si elle doit désormais s’articuler en fonction d’un coma long ou d’un handicap.

 

La prévention

Certains risques méritent d’être acceptés (création d’une entreprise, par exemple). Mais pour nombre d’entre eux, il est préférable de les éviter et le meilleur moyen est de supprimer le danger sous-jacent. C’est le sens des campagnes de sensibilisation, par exemple contre le tabac ou la vitesse.

tabac ou santé

La diversification est un moyen d’atténuer les effets d’un risque. Prenons deux exemples, dans la finance et l’agriculture.

En gestion de portefeuille, il est d’usage de panacher des actifs risqués (par exemple des actions et des cryptomonnaies) et des non-risqués (SICAV monétaires, par exemple). Ainsi l’épargnant peut faire une bonne opération sur un actif risqué qui rapporte beaucoup (les deux vont ensemble !) mais en cas de catastrophe il ne perd pas tout puisqu’une partie de son épargne ne risque rien.

Lorsqu’il a le choix, un agriculteur préfère souvent la polyculture à la monoculture, beaucoup plus risquée. Une culture peut être victime d’un ravageur (insecte, moisissure…) qui ne s’attaque qu’à une espèce de plante ; il sera toujours possible de gagner de l’argent sur une autre. L’une des causes de la grande famine irlandaise (1845-52) a été le mildiou qui a fait chuter la production de pommes de terre, aliment unique dans les campagnes.

 

La gestion collective (en France)

Un autre système de limitation des risques financiers est la mutualisation. C’est celui de l’assurance. Tous les assurés cotisent mais seules les victimes de dommages seront indemnisées.

Plusieurs types de risques peuvent être assurés par des sociétés privées et le secteur mutualiste. Certaines assurances sont obligatoires, en particulier si les dommages peuvent affecter des tiers (responsabilité civile, assurance des véhicules…). D’autres sont facultatives (protection juridique, vol…).

Quelques risques sont assurés essentiellement par le secteur public, notamment la maladie (et les accidents) et le chômage, par un mécanisme de protection sociale.

En France, la Sécurité sociale a été fondée en 1945. Financée en partie par les employeurs et en partie par les salariés, son activité repose sur le principe de mutualisation. Depuis l’origine, elle permet de limiter les dépenses liées à la santé pour tous les salariés (versements sous forme de prestations sociales). Elle a été étendue à d’autres cotisants : travailleurs indépendants, chômeurs indemnisés… Certains frais de santé n’étant que partiellement remboursés, des mutuelles facultatives viennent compléter le dispositif.

La Sécurité sociale comporte aussi une branche retraite. Certes, on ne peut pas considérer l’avancée en âge comme un risque au sens strict, mais la vieillesse s’accompagne de facteurs aléatoires (le veuvage, par exemple).

L’assurance chômage repose sur le même principe. Elle est gérée par une association, l’Unédic. Sous certaines conditions, les demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi perçoivent chaque mois une ARE (allocation chômage d’aide au retour à l’emploi).

Le risque de pauvreté et d’exclusion sociale est assuré par les pouvoirs publics depuis les années 80.

 

mouton et lion