Le levier en analyse financière
Un levier est un instrument qui démultiplie une force. En économie, c’est un mécanisme qui amplifie un phénomène. Sur les marchés financiers, il existe des produits à effet de levier : les warrants, par exemple, se traduisent à placement équivalent par des gains ou des pertes bien plus importants que ne le permettraient leurs sous-jacents (actions, par exemple). En gestion financière aussi, l’effet de levier est un mécanisme amplificateur, assez intuitif à comprendre. C’est pourquoi je vais d’abord l’exprimer de façon peu rigoureuse mais rapide, avant d’entrer dans le détail des calculs. Si votre entreprise dégage une rentabilité de 15 %, ça vaut le coup de s’endetter au maximum à un taux d’intérêt de 8 %. Mais si au contraire ce taux est de 20 %, plus vous vous endettez et plus le résultat sera catastrophique. Ce qu’on appelle « effet de levier », c’est cet effet amplificateur dans le bon ou dans le mauvais sens. Entrons à présent dans le détail. Rappelons quelles sont les deux formes de rentabilité :
L’effet de levier lie la rentabilité économique (re) et la rentabilité financière (rf). Rappelons que la différence entre résultat économique (Re) et résultat courant (Rc) est constituée des charges d’intérêt (soit dette D × intérêts i). Rappelons aussi que l’actif économique peut se calculer comme la somme des capitaux propres (CP) après versement des dividendes et des dettes. Donc, Rc = Re – iD = re(CP + D) – iD . Si l’on fait abstraction de l’impôt sur les sociétés (ce qui ne change rien à l’affaire), la rentabilité financière peut donc s’écrire ainsi :
La différence entre re et i correspond aux écarts de pourcentages évoqués dans l’exemple ci-dessus. Elle est multipliée par le fameux levier, D / CP. Si i < re, l’endettement accroît la rentabilité des capitaux propres, qui bénéficient donc d’un effet de levier. Si i > re, on parle plutôt d’effet de « massue ». Exemple Ce passif permet de calculer un actif économique :
On remarque par ailleurs que les CP après versement des dividendes s'élèvent à 379. On peut déjà calculer le levier, soit 305 / 379 = 0,8047. Voyons quelles sont les rentabilités. Le compte de résultat permet de déterminer les montants suivants :
Le résultat d’exploitation s’élève à 345 (produits d’exploitation – charges d’exploitation). Le résultat financier hors charges d’intérêt s’établit à 13 puisque toutes les charges financières correspondent à des intérêts. La somme des deux, soit 358, représente le montant du résultat économique. Si un impôt sur les sociétés (IS) de 111 permet de dégager un bénéfice net de 226, on évalue à 32,94 % le taux apparent de l’IS. À quel pourcentage s’établit la rentabilité économique avant IS ? Réponse : 358 / 684 = 52,34 %. Quel est le taux d’intérêt apparent des emprunts, tous termes confondus ? On rapporte 25 d’intérêts (compte de résultat) à 305 d’emprunts et dettes (bilan), soit 8,2 %. Par rapport à 52,34 % de rentabilité économique, il reste un différentiel particulièrement copieux de 44,14 %... Déterminons à présent le taux de rentabilité financière en utilisant la formule détaillée plus haut. 52,34 % + 0,8047 × 44,14 % = 87,86 % avant IS. Vous préférez net d’impôt ? On multiplie par (1 – 0,3294), on trouve 58,9 % et le tour est joué. Que signifie tout ceci ? La rentabilité financière est particulièrement élevée et supérieure à la rentabilité économique. Et comme cette dernière est supérieure au coût de la dette (taux d’intérêt moyen), l’effet de levier est positif. Dans la mesure où cette entreprise dispose encore d’une bonne capacité d’endettement, elle peut éventuellement en profiter… Peut-on déterminer le résultat dû aux banques ? Oui, même si la réponse est tout de même très théorique… Si les dettes représentent 44,6 % de l’actif économique, on considère qu’elles concourent pour cette proportion au résultat économique de 358, soit pour 159,6. Ce chiffre nous ammène à la dernière question : à combien s’établirait la rentabilité financière si l’entreprise n’empruntait jamais ? Le résultat courant serait égal au résultat économique puisqu’il n’y aurait aucune charge d’intérêts. La rentabilité financière hors IS serait donc égale à 159,6 / 379 = 42,12 %. On est loin des 87,86 %... Merci, effet de levier. Gestion de portefeuille L'effet de levier joue aussi sur les investissements financiers. Il est bien sûr intéressant de s'endetter à un taux faible pour prêter ensuite à un taux plus élevé, par exemple sur le marché obligataire. Nul besoin d'être une banque. Dans la théorie du portefeuille, les investisseurs concernés se situent au-dessus du point de portefeuille de marché.
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