Deux crises économiques

Crises de 1929 et de 2008

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel (adage boursier)

L'histoire économique est marquée par des crises financières qui ont bouleversé durablement les économies et les sociétés. Parmi elles, celle de 1929, qui débouche sur la Grande Dépression des années 1930, et celle de 2008 apparaissent comme deux références. Toutes deux débutent par un effondrement des marchés financiers avant de se propager au système bancaire puis à l'ensemble de l'économie.

Cependant, si elles ont présenté d’importantes similitudes, elles se sont inscrites dans des contextes différents et n’ont pas suscité les mêmes réponses des pouvoirs publics.

 

Aux origines de la Grande Dépression

La crise des années 1930 trouve son origine dans les déséquilibres accumulés au cours des « Années folles » aux États-Unis. Après la Première Guerre mondiale, l'économie américaine connaît une période de forte croissance : les entreprises investissent massivement, la production industrielle progresse rapidement et la consommation augmente grâce au développement du crédit. Les marchés financiers connaissent une hausse spectaculaire : de nombreux investisseurs achètent des actions dans l'espoir de réaliser des bénéfices rapides.

Mais cette hausse des cours repose beaucoup sur la spéculation. Les investisseurs achètent des actions à crédit dans l'idée que les prix continueront d'augmenter. Cette situation crée une bulle spéculative. Les prix des actions deviennent largement supérieurs à la valeur réelle des entreprises.

Le 24 octobre 1929, dit le « Jeudi noir », la confiance disparaît brutalement. Tous les investisseurs veulent vendre leurs actions en même temps. Les prix s'effondrent. Après une tentative de stabilisation, le mouvement de baisse reprend les jours suivants, notamment le 29 octobre, le « Mardi noir ». La Bourse de New York perd une grande partie de sa valeur. La fête est finie.

krach

Les banques avaient prêté de l'argent aux investisseurs pour acheter des actions. Celles-ci ne valant plus grand chose, les emprunteurs ne peuvent plus rembourser leurs dettes. Des banques deviennent insolvables et font faillite. Les épargnants, inquiets, retirent massivement leurs dépôts, ce qui aggrave encore les difficultés du système bancaire.

La crise financière se transforme alors en crise économique. Comme les banques accordent beaucoup moins de crédits, les entreprises investissent moins, réduisent leur production et licencient une partie de leurs salariés. Les ménages, confrontés au chômage ou à la baisse de leurs revenus, diminuent leurs dépenses de consommation. Cette baisse de la demande entraîne à son tour une nouvelle réduction de la production : un cercle vicieux s'installe.

Conséquences :

  • Entre 1929 et 1933, le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis chute fortement. La production industrielle est presque divisée par deux.

  • Le chômage atteint environ un quart de la population active. Des millions d'Américains perdent leur emploi, leurs économies ou leur logement. Les files d'attente devant les soupes populaires deviennent l'un des symboles de cette période.

La crise se diffuse au reste du monde. Les États-Unis rapatrient leurs capitaux investis à l'étranger et réduisent leurs importations. Les échanges internationaux plongent, notamment parce que de nombreux pays augmentent leurs droits de douane pour protéger leur économie. Cette montée du protectionnisme contribue à aggraver la crise mondiale. L'Europe est particulièrement touchée, en particulier l'Allemagne, dont le système bancaire est très dépendant des capitaux américains.

Les gouvernements réagissent mollement. Beaucoup pensent que les marchés retrouveront spontanément leur équilibre. Cette stratégie ne permet pas d'enrayer la dépression. À partir de 1933, le président américain Franklin Roosevelt met en œuvre le New Deal. L'État intervient en lançant de grands travaux, en soutenant les revenus des ménages, en réformant le système bancaire et en renforçant la réglementation financière. Ces mesures ne mettent pas fin à la crise, mais elles contribuent progressivement à stabiliser l'économie et à restaurer la confiance.

La crise de 1929 montre ainsi comment un effondrement boursier peut provoquer une succession de faillites bancaires, une contraction du crédit, une baisse du PIB et une forte augmentation du chômage.

 

La crise financière de 2008

Près de quatre-vingts ans plus tard, l'économie mondiale connaît une nouvelle crise financière majeure. Cette fois, son origine se situe sur le marché immobilier américain.

Au début des années 2000, les taux d'intérêt sont faibles et les banques accordent facilement des prêts immobiliers, parfois à des ménages peu solvables.

Aux États-Unis, les prêts hypothécaires sont classés en quatre catégories en fonction de la qualité de l’emprunteur : subprime (les moins bons), Alt-A, Jumbo et Prime (les meilleurs) (…). Le développement des subprimes est le résultat d’une politique volontaire, menées aux États-Unis à partir de la fin des années 1990 pour démocratiser la propriété. (B. Jacquillat, V. Levy-Garboua, les 100 mots de la crise financière, PUF coll. Que sais-je ? 2009).

Ces crédits sont ensuite transformés en produits financiers complexes et revendus à d'autres banques, à des compagnies d'assurance ou à des fonds d'investissement dans le monde entier. Cette technique, appelée titrisation, permet de diffuser les risques à l'ensemble du système financier. Cependant, les investisseurs sous-estiment le risque réel associé à ces produits.

À partir de 2006, les prix de l'immobilier commencent à baisser. De nombreux ménages ne peuvent plus rembourser leurs emprunts. Les établissements financiers découvrent que les actifs subprimes qu'ils détiennent valent beaucoup moins que prévu. C’est le début de la panique.

La crise éclate vraiment en septembre 2008 avec la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Cet événement provoque une perte de confiance généralisée. Les banques craignent que leurs consœurs soient en difficulté et refusent de se prêter de l'argent. Le marché interbancaire se bloque, ce qui entraîne une grave crise de liquidité.

Partout dans le monde, les marchés boursiers réagissent immédiatement par une forte baisse. Les investisseurs cherchent à vendre leurs actifs les plus risqués. Toutefois, contrairement à 1929, les autorités interviennent rapidement pour éviter une succession incontrôlée de faillites bancaires.

Les gouvernements et les banques centrales mettent en œuvre des mesures exceptionnelles.

  • Les États recapitalisent plusieurs banques, garantissent les dépôts des épargnants et soutiennent certains établissements en difficulté.

  • Les banques centrales abaissent fortement leurs taux d'intérêt et injectent d'importantes quantités de liquidités afin de maintenir le financement de l'économie.

Malgré ces interventions, la crise financière se transforme rapidement en crise économique mondiale. Les entreprises ont du mal à obtenir des crédits, les investissements diminuent et la consommation ralentit. Les échanges internationaux reculent fortement. En 2009, le PIB mondial enregistre sa première baisse depuis plusieurs décennies. Le chômage augmente. En outre, la crise financière débouche sur une crise des dettes publiques dans plusieurs États, dont la Grèce, car les gouvernements ont soutenu leurs banques tout en faisant face à la récession.

La crise de 2008 conduit également à un renforcement de la réglementation financière.

Ainsi, comme en 1929, la crise de 2008 montre comment une crise financière peut rapidement affecter l'ensemble de l'économie réelle, même si les réponses des pouvoirs publics ont permis d'éviter le pire.

 

Synthèse

Ces crises ont des points communs : une période d’optimisme entraîne une prise de risque excessive et la formation d’une bulle spéculative. Lorsque la confiance disparaît, les prix chutent, les pertes augmentent et les banques réduisent leurs prêts, ce qui transforme la crise financière en crise économique avec baisse de la production et hausse du chômage.

Ces deux épisodes présentent des points communs avec d'autres crises financières. La plupart d’entre elles suivent un mécanisme comparable : une période d'expansion favorise la hausse du prix de certains actifs (actions, immobilier ou autres), le crédit se développe, les investisseurs prennent trop de risques, puis un événement déclenche une perte de confiance. Les prix des actifs chutent, les difficultés bancaires apparaissent et l'économie réelle est touchée.

On retrouve ce schéma dans la crise bancaire japonaise des années 1990 après l'éclatement d'une bulle immobilière et boursière, puis dans la crise financière asiatique de 1997, entre autres.

Cependant, les deux crises diffèrent par leur origine et par les réactions des pouvoirs publics. Celle de 1929 commence par un krach boursier, tandis que celle de 2008 vient du marché immobilier et des crédits subprimes. En 2008, les États et les banques centrales interviennent plus rapidement, ce qui limite les conséquences. Enfin, la mondialisation financière rend la crise de 2008 plus rapide et plus mondiale.

Toutes les crises ne produisent pas les mêmes effets. Certaines restent limitées à un secteur ou à un pays tandis que d'autres deviennent des crises systémiques, menaçant l'ensemble du système financier et de l'économie mondiale. Leur gravité dépend de l'importance des déséquilibres accumulés, du degré d'endettement des agents économiques, des liens entre les établissements financiers et de la rapidité des interventions des autorités.

Les crises financières montrent enfin que les marchés ne s'autorégulent pas toujours. Les comportements d'imitation, l'optimisme excessif, la recherche de profits rapides ou une réglementation insuffisante favorisent la formation de bulles spéculatives.

 

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